Hommage à la Commune !

Jean-Pierre Azéma et Michel Winock, Les communards, Perrin, collection "Tempus", 187 pages, 2021.
lundi 3 mai 2021
par  Franck SCHWAB
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George Orwell écrivit naguère un Hommage à la Catalogne qui, tout en célébrant l’oeuvre des Républicains espagnols, voulut dire un certain nombre de vérités sur la guerre civile dont il fut acteur et témoin.

Toutes proportions gardées, c’est un peu ce qu’ont réussi à faire au début de leur carrière - ils n’avaient alors que 27 ans - les deux grands historiens que sont Jean-Pierre Azéma et Michel Winock dans cet ouvrage de 1964 aujourd’hui réédité.

Que fut vraiment la Commune ?

D’abord la réaction patriotique d’un peuple de Paris en armes qui n’acceptait pas d’arrêter la guerre contre la Prusse face à des élites déjà prêtes à s’avouer battues, comme plus tard celles de 1940.

Ensuite la manifestation de l’attachement du peuple de Paris à la République face à une Assemblée Nationale déjà prête à la renier pour se jeter dans les bras d’un "homme providentiel", comme plus tard aussi celle de 1940.

Enfin et surtout, la manifestation de l’attachement du peuple de Paris à une "République de la justice et du travail" - pour reprendre les paroles de Jean-Baptiste Clément, l’auteur du Temps des cerises, tirées d’une autre de ses célèbres chansons1- comme plus tard les membres du Conseil National de la Résistance la proposeront aussi dans leur programme de 1944.

L’ouvrage n’a pas pris une ride car il fait oeuvre de vérité sur la Commune, loin des lectures idéologiques qui ont tout de suite été plaquées sur elle : celle des bourgeois de Versailles - ancêtres de ceux de Vichy - qui n’ont vu dans les communards qu’une tourbe de voyous, de prostituées et de délinquants ; celle des marxistes qui ont vu dans la Commune l’ébauche de la "dictature du prolétariat" dont ils rêvaient et qu’octobre 1917 réalisera ; celle des libertaires qui y ont vu, au contraire, le triomphe de l’autogestion tant espérée et jamais réalisée.

En fait, toute la Gauche peut se réclamer de la Commune car tous ses courants y ont été représentés alors même que les socialistes - libertaires comme autoritaires - y étaient minoritaires au profit d’autres tendances - blanquistes, jacobins - aujourd’hui bien oubliées mais alors très ancrées dans le peuple.

L’ouvrage fait aussi oeuvre de vérité sur la férocité de la répression subie par les communards que le général Weygand - se rêvant après la défaite de 1940 Gallifet ou Vinoy - aurait bien aimé lui aussi faire subir à tous les "Rouges" de son époque, ces "affreuses canailles" que le général Vinoy, promu par Thiers grand officier de la Légion d’Honneur sur le champ de massacres, faisait fusiller en série à l’issue des premiers combats après qu’elles se furent vues promettre la vie sauve contre leur reddition.

Au passage, les auteurs rendent un bel hommage aux femmes de Paris qui n’ont pas attendu d’avoir la parité pour mourir comme les hommes, lorsqu’ils écrivent que dans les derniers jours de la Commune " Les Versaillais ont la stupéfaction de se trouver en face de barricades uniquement défendues par des femmes. Ainsi, place Blanche, une centaine de communardes en avaient édifié une ; le mardi 23 mai, elles la défendent héroïquement, en immobilisant l’ennemi quatre heures durant. En fin de matinée, épuisées, sans munitions, elles doivent lâcher prise. Un bon nombre sont massacrées ; les autres se replient derrière une autre barricade, place Pigalle, où elles reprennent le combat ; les dernières survivantes, après une nouvelle lutte ardente, se retranchent derrière une troisième, boulevard Magenta. Toutes sont mortes ce jour-là."

Alors, fin ou début de cycle, la Commune ? La dernière des révolutions parisiennes du XIXème siècle ou la première des révolutions politiques et sociales du XXème siècle qui pourrait s’avérer encore, pour certains, une source d’inspiration ?

Les auteurs ne tranchent pas même s’ils terminent leur ouvrage par l’évocation de L’Internationale que composa "le communard traqué Eugène Pottier" dans le mois qui suivit la fin de la Commune.

Mais qui la chante encore aujourd’hui ?

1 La semaine sanglante, composée en juin 1871

Franck Schwab
Président de la Régionale de Lorraine
Membre du Conseil de gestion


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